FRENCH  
10-09-2010
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Expérience UNPFII

Issu d’une famille Khmère Krom, je suis né et ai grandi en France. Sans encore connaître l’histoire de mes origines, j’ai débuté en aidant mes parents à organiser des activités diverses qu’elles soient artistique, culturelle ou politique. Mon engagement principalement aux cotés de mon père consistait à aider à la préparation des documents, des courriers ou à la mise en place des chaises et des banderoles à chaque évènement.

Cette année 2007, j’ai eu l’opportunité d’assister au Forum des Nations Unies sur les Questions Autochtones, au Siège des Nations Unies à New York. Durant cette période j’ai acquis une expérience internationale d’exception sur le plan culturel et humain.

Cette aventure n’aurait pu aboutir sans le concours de nos compatriotes de Philadelphie et de New York. En effet, dès mon arrivé à Philadelphie j’étais attendu par Lok Pu Thaï et par un jeune garçon brandissant une pancarte avec mon nom. J’apprenais à l’occasion des présentations que ce jeune que je n’avais jamais vu était mon ami Don avec lequel j’avais pu converser par téléconférence. Quelques minutes plus tard, Le vol de Lok Pu Thach Ngoc Thach arrivait de Californie. Nous pouvions alors partir pour rejoindre la maison de Pu Mannrinh à Philadelphie. Ce premier contact avec la communauté Khmer Krom m’a vraiment étonné. La sensation d’être accueilli comme chez soi à l’autre bout du monde fait partie des bonheurs inestimables de cette épopée. Je ne pensais pas à ce moment rencontrer ailleurs autant de solidarité et de convivialité. Toutefois, l’accueil des familles Khmer Krom de New York fut aussi chaleureux et sans réserve. Je souhaite dédier ce courrier à ces gens et les remercier à nouveau de leurs gestes qui m’ont profondément touché.

Ce voyage a inauguré mon premier déplacement aux Etats-Unis. Cette première excursion m’emmène alors à New York, ville rayonnante de renommée internationale attirant plus de 2 millions de touristes du monde entier par an. Qui plus est, l’objet de mon périple mène au Siège des Nations Unies, organisation internationale instaurée par les vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale pour la lutte contre les problèmes internationaux. Nous Khmer Krom, encore inconnus de la communauté internationale quelques années auparavant avons nos entrées et pouvons élever nos voix devant les peuples du monde.
Ce privilège me fait à la fois ressentir une pression mais surtout de la fierté. La fierté d’agir pour une cause juste, d’agir pour les siens qui vivent sans droits, d’une justice qui nous affames, emprisonne, et qui nie toute existence de notre histoire.

Ce travail collaboratif intense pendant 2 semaines a permis à notre groupe de jeunes de mieux se connaître et de nouer des liens très forts. Pour beaucoup ce fut une première rencontre. Les échanges principaux se faisant par email ou par téléconférence, nous n’avions jamais eu l’occasion de nous voir, de partager un Cheese Steack ou de voyager ensemble.  Ces premiers contacts faits et les barrières formelles tombées, nous formions un groupe soudé et  déterminé à agir pour nos compatriotes. Répartis en deux groupes, l’un allait participer au forum des jeunes autochtones et l’autre composé du Vénérable Pin Diep, Sothy,  Samon, Aaron et moi-même pour préparer les recommandations aux Nations Unies, et les traduire en Français.

La plupart de nos interventions concernait les Objectifs de Développement du Millénaire ratifiés par le Vietnam. Avec une échéance fixée à 2015, les objectifs visés concernent 8 thématiques visant à diminuer la pauvreté extrême par moitié et d’améliorer les conditions de vie des peuples. L’éducation, la santé, la culture et les droits de l’Homme font partie des objectifs de progrès auquel s’est engagé le Vietnam.

Tous les jours nous nous sommes battus pour préparer nos interventions les traduire souvent à la dernière minute, répéter le discours pour enfin apprendre que faute de temps nous ne pourrions pas passer. Ceci ne nous a pas découragé et a porté ses fruits. Le gouvernement du Vietnam a répliqué par deux fois durant ces deux semaines et par deux fois leurs interventions ont mené à leur discrédit. Le 23 mai ceux-ci traitaient la Fédération des KK ainsi que la Fondation des Montagnard de séparatistes contre le gouvernement, alors qu’en parallèle des diffusions de vidéos de Rebecca Sommer  montrant les exactions commises contre les Khmer Krom et les Hmong Lao étaient annulées par demande expresse de l’ambassadeur du Vietnam au SEDA. La semaine suivante ce fut à la suite de l’intervention du Vénérable Pin Diep sur la demi-journée de discussion sur l’Asie. Le vénérable s’est exprimé pour énoncer le problème des bonzes défroqués et persécutés au Kampuchea-Krom.

En effet les regains de violence contre les religieux Khmer Krom montent crescendo depuis plusieurs mois allant jusqu'à l’intervention militaire de plus de 200 militaires et policiers autour de la pagode de KHLEANG. Nous sommes dans la salle de conférence. Madame Chair donne la parole à la délégation vietnamienne et nous assistons en temps réel à un exercice de style ventant les mérites la constitution vietnamienne et rejetant les faits et exactions en soulignant que les informations divulguées par la FKK sont sans fondements. Vivre cette intervention en temps réel restera pour moi mémorable. J’ai ressenti une grande émotion car je connaissais la vérité. C’est je pense dans ces moments que notre équipe est en effervescence, moi en tout cas je l’étais. Dès lors, Sothy préparait ses recommandations sur l’item de l’urbanisation et de la migration avec la supervision de notre Ange Gardien alias Dr Cooper. En concluant Sothy invitait urgemment les représentants du gouvernement du Vietnam à s’informer sérieusement entre autres sur les sites de l’UNPO et de Church of Asia. Cette intervention à clôturé le débat interposé puisque le Vietnam n’a dès lors plus donné signe de vie. Et effet, alors que Soda et moi terminions sur les sujets liés à la deuxième décade, nous attendions une réaction du gouvernement vietnamien qui n’avait apparemment plus grand-chose à ajouter.

A cette expérience de travail et d’adrénaline s’ajoute le plaisir d’un voyage au sein de notre communauté à New York. Chaque jour, le soir venu nous avons trouvé le réconfort et l’hospitalité au sein des familles Khmer Krom chez qui nous avons diné et logé. Cet accueil et cette générosité m’a impressionné car notre groupe représentait presque 10 personnes. Par ailleurs, le Week-end nous avons également été invités et promené dans la banlieue de New-York.

Toutes ses familles et ce soutien venu du cœur nous ont biens sûr encouragé dans notre lutte. La rencontre de militant du monde entier m’a ouvert l’esprit et m’a enchanté. En effet, j’ai retrouvé en l’espace de deux semaines le temps d’apprendre et de parler de mes origines, de mon peuple, et de découvrir d’autres cultures ancestrales. D'autre part, beaucoup de gens viennent en habits traditionnels de matières, et de couleurs illustrant leur savoir faire ancestraux. La chance de pouvoir contempler ce condensé des cultures ancestrales du monde a été pour moi un moment de plaisir et de dépaysement.

Comme beaucoup, je vis dans une grande ville moderne dont le mode de vie est très influencé par la mondialisation. Aussi, je pense que cette vie moderne mondialisée ne doit pas nous enivrer, nous jeunes Khmer Krom. Face aux lumières du confort et de la liberté occidentale, il y a pile, les injustices subies par nos compatriotes qui sont condamnés à vivre emprisonné. Emprisonné spirituellement et financièrement, condamné parce qu’ils sont Khmer Krom à vivre dans le mépris des droits de l’homme et dans la pauvreté, destiné à devenir des vassaux du peuple vietnamien. Le Forum des Nations Unies nous le rappelle. Nous ne sommes pas les seuls au monde dans cette situation. J’ai vu beaucoup d’autres peuples se battre pour leurs droits, alors pourquoi pas nous ?

Cette première expérience est inédite pour moi, pourtant j’ai réellement senti que j’ai pu contribuer au sein de l’équipe, à embarrasser le gouvernement vietnamien face aux exactions qu’il commet quotidiennement. Après des siècles de guerre sanglante pour s’accaparer la terre de nos ancêtres, les vietnamiens ont pillés les propriétés et ressources naturelles des Khmer Krom. Aujourd’hui c’est l’histoire de notre peuple et ses traditions spirituelle qu’ils veulent détruire. Les religieux sont battus et défroqué, des pagodes millénaires sont souillées et détruites. Les enfants sont formatés pour rejeter la vraie histoire de leurs ancêtres… ces exactions impunies peuvent donner l’impression que le gouvernement n’a pas de compte à rendre mais ceci ne tient qu’à nous.

Cordialement,
Romy THACH

 
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